Nous aimerions vous partager notre art de vivre en communauté, depuis une quinzaine d'année, en suisse romande. Nous, à savoir une association de personnes réunies par la motivation de vivre et de coopérer autrement en Suisse romande : dans un esprit de tribu sobre et heureuse, dans la simplicité volontaire, pour consommer moins et produire moins, pour être plus et avoir moins.
Qui dit vie en communauté dit nécessité de s'entendre en groupe.
En vivant à dix ou vingt dans la même maison, toutes générations confondues, les rapports sociaux deviennent plus complexes à gérer. De l'usage des toilettes au paiement des charges communes, en passant par les zones non-fumeurs et l'organisation des réunions de maison, tout est sujet à interprétation. Aussi, pour s'entendre il est important de développer des références communes, et il faut du temps pour les construire.
Les (trop) grandes organisations sont le symbole de la vitesse mal digérée
Or c'est ce temps qui fait défaut aux grandes structures sociales pyramidales, telles les multinationales et les agences gouvernementales, où l'ordre vient d'en haut, de loin, d'ailleurs, du chef. Et lorsque le temps manque pour que chacun des participants à une organisation commune puisse s'approprier une idée, c'est le choc. Choc des cultures, individualisme, marchandages opaques, opportunismes. Ceux qui y sont confrontés ne font que subir, rejeter et ignorer le fonctionnement de la dynamique de groupe à laquelle ils sont sensés participer. Et perdent espoir.
Smala, une tribu parmi d'autres, pour réconcilier sagesse et société, lentement
Nous avons choisi le nom «Smala » (la Tribu) pour symboliser notre confiance dans la société par l'union non plus à 2, mais en famille de sens. Nous, l'équipe de l'association Smala, avons géré plus de 20 lieux d'habitation et de coopération en région lausannoise depuis 1991. Communautés urbaines, centres socioculturels alternatifs, écolieux, quel que soit le terme pour nous définir, ce qui compte c'est que nous soyons conscients de nos actes et que nous évoluions en permanence vers des pratiques plus durables. Et pour l'instant on y parvient.
La lenteur, véhicule de l'éco-conscience
Aujourd'hui, nous animons une gérance de locaux capable de véhiculer les valeurs de l'éco-conscience qui nous animent, tout en ayant administré depuis le début de manière socialement responsable des locaux de tous types : ateliers dans des friches industrielles (au Flon, au Tunnel), restaurants en faillite (la Voile d'Or), maisons insalubres (Place Arlaud), bâtiments publics temporairement sans usage (place Château 3, et nouvellement rue Curtat 14). Nous ne nous percevons pas comme des squatters, mais comme des entrepreneurs motivés par le bien commun : moindre consommation et moindre production de biens, meilleures relations sociales, mutualisation des achats de base pour acheter des produits du terroir et bon pour la santé, confrontations de nos rêves à la réalité...
Moins de développement technologique, plus de culture de l'esprit critique.
Même si le temps ne résout pas tout, nous constatons que l'esprit qui anime toute personne souhaitant vraiment vivre en communauté tient quelque part du slow life, de la relocalisation de l'économie, de l'insertion de plus de conscience dans nos sciences, de la décroissance soutenable, et de toutes les dynamiques qui en découlent : agriculture contractuelle, logiciels libres, micro entreprises solidaires, énergies renouvelables, anthroposophie... La lenteur est un vecteur de cohérence pour ce type de démarche communautaire, une base pour faire cohabiter dans nos esprits sens critique et modération.
En conclusion : un lent cheminement vers la cohérence
Néanmoins, au vu de notre expérience de vie, une gestion lente ne veut pas dire une gestion inerte, ni molle, ni abrutie. Une gestion lente est plus proche d’une gestion patiente, tendre, à l'écoute, en profondeur. Reste qu’après avoir développé et pratiqué ses valeurs en s’inspirant de son environnement, il faut savoir se responsabiliser entièrement, s’impliquer avec créativité, en suivant son instinct passionnément et parfois réagir vite.
Ainsi la lenteur devient l'instrument de la cohérence, et l'apprentissage peut se faire par l'action, sur le chemin de la décroissance.
Marie-Jane Berchten, Anne-Léa Gnaegi, Théo Bondolfi, animateurs de la gérance Ecovie de Smala, janvier 2005, Lausanne.
Mis à jour et publié à l'occasion des 15 ans de Smala, le 16 mars 2008.

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